Histoire et patrimoine
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- Catégorie : Dossiers
- Publié le Dimanche, 02 Octobre 2011 17:20
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Par sa situation géographique proche de la capitale, le Vakinankaratra a été fortement impliqué dans l’histoire des royaumes puis de l’unité malgache. En particulier, les villages de Tsinjoarivo et d’Ambohidranandriana témoignent chacun d’une période historique dont on peut encore concrètement voir les éléments matériels dans chacun des sites.
Tsinjoarivo
Le village de Tsinjoarivo est connu historiquement comme lieu de villégiature de la Reine Ranavalona 1ère. Cette dernière voyageait beaucoup et aimait sillonner son royaume. C'est ainsi que durant son règne (1828-1861), informée par Ramanjaka (un seigneur de la région), qu'elle avait connu l'existence d'une région verdoyante et reposante. Intéressée, la souveraine s'était déplacée en personne pour voir ce site enchanteur. La Reine décida de s'établir un peu vers l'ouest pour éviter de traverser la rivière Onive chaque fois qu'elle venait en villégiature. Son choix s'était d'abord porté sur l'actuelle colline de Mahatsinjo. Mais pour bénéficier de la protection naturelle de l'Onive, elle avait finalement opté pour un mont plus au sud, Sarodravina. Comme son nom l'indique, cette petite colline était couverte d'une forêt primaire. Elle sera aussitôt débaptisée Tsinjon'Iarivo (apercevant ou aperçue d'Antananarivo ou de Vohitrarivo, la colline des 1 000) puis devient Tsinjoarivo par simplification.
Le Rova (enceinte royale) de Tsinjoarivo a été construit par Jean Laborde. Les travaux de construction avaient débuté en 1834 pour se terminer deux ans plus tard. Auparavant, il avait fallu remblayer le site. La terrasse obtenue a 5 m de hauteur et mesure 52m x 35m.
Le transport de la terre à partir du quartier Besakana (à environ 200 m de là) s'était fait en « tohi-vakana »: les femmes se mettaient en file comme les perles d'un collier et se passaient les paniers remplis de terre. Cela avait l'avantage d'être plus rapide et moins fatigant. Parallèlement, les hommes étaient chargés de transporter les pierres qui protègeront le remblai.
Le Rova se compose de cinq cases. A l'origine, leurs toitures étaient confectionnées avec des tuileaux en bois et les murs en bois également. En entrant dans l'enceinte, à gauche et de chaque côté du portail nord-est, deux petites cases jumelles étaient destinées aux princes et aux princesses. Plus loin à gauche, s'élevaient deux cases plus grandes, dont l'une était la salle de réception royale, l'autre le pavillon de la Reine. Enfin au fond de la cour et isolée, une dernière petite maison recevait le Premier ministre, d'abord Raharo puis son frère et successeur Rainilaiarivony. Ce dernier possédait également à l'extérieur de l'enceinte royale, un pavillon où résidait son fils Radriaka, 15 honneurs (grade de général). C'était là que le Premier ministre recevait ses invités. Tel le résident général français Le Myre de Vilers venu pour conférer avec Ranavalona III en 1890. Le Français avait été accueilli par un convoi de porteurs conduit par Marc Rabibisoa, grand intellectuel et interprète en français de la Cour.
On trouvait aussi à l'est en contrebas du Rova une prison et une résidence des officiers du Palais devenue plus tard une école.
Deux grandes portes, dont la ligne rappelle celle d'Ambohimanga, donnent accès au Rova.
L'une au nord-est est la porte principale. C'est là qu'aboutit la grande allée de pins par laquelle la souveraine arrivait d'Antananarivo. Il est à préciser que le coin nord-est ou « zoro firarazana » est sacré pour les Malgaches en général, les Merina en particulier. C'est là qu'ils invoquent Zanahary (Créateur) et les Ancêtres pour leur demander tout ce dont ils ont besoin (époux (se), progéniture surtout mâle, santé, richesse...) ou implorer leur pardon pour avoir transgressé un tabou.
L'autre portail s'ouvre au sud-ouest. C'est près de celui-ci que repose le corps du devin personnel de Ranavalona 1ère, Rainisoabelomanga en qui elle avait placé toute sa confiance.
Comme il s'agissait d'une simple résidence de vacances royales et que celles-ci n'avaient rien du caractère officiel, le respect de certaines étiquettes n'était pas exigé. Ainsi, il n'était pas nécessaire de passer la grande porte d'entrée du Rova du pied gauche comme à Antananarivo et à Ambohimanga. De même, on n'y avait pas planté des « amontana » et des « aviavy », arbres royaux. Dès qu'on entre dans l'enceinte, seuls deux pins centenaires vous accueillent. Ils auraient le même âge que le Rova original. En outre, aucun tabou n'existait dans l'enceinte et tout autour.
Créé par caprice royal, Tsinjoarivo avait perdu de son prestige et fut délaissé aussitôt la royauté disparue en 1897.
Cependant, le gouverneur général français Joseph Simon Gallieni avait tenu à conserver à l'enceinte royale son ancien caractère et s'était fait un devoir d'entretenir le Rova, devenu avec ses environs, domaine de l'Etat. Le général Gallieni fit notamment recontruire les cases en leur donnant une toiture en tôles recouverts de chaume et des murs à revêtement de terre battue blanchie à la chaux.
Le Rova était devenu un Musée d'histoire en 1939.
Les Reines en villégiature : Hormis la reine Rasoherina qui avait régné de 1863 à 1868 et qui se déplaçait peu pour des raisons de santé, Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III (1883-1897) aimaient, comme la première du nom, séjourner à Tsinjoarivo. Surtout Ranavalona II qui était souvent souffrante et qui appréciait le repos qu'elle jouissait dans ce cadre sauvage. Le voyage durait trois jours et demi. Elle quittait Antananarivo simplement, sans cérémonie, suivie de toute sa Cour et d'un cortège joyeux et bruyant d'officiers, de soldats, de gardes et d'innombrables porteurs.
Ambohidranandriana
C'est un village traditionnel typique de l'ancien Imerina. Ambohidrainahandriana signifie littéralement "le village (ou la colline) du père (ou de l'ancêtre) qui avait fait que les Zanadray (les "fils du père") soient nobles. Le site s'est figé, aucune extension n'est visible- il y existe toujours 28 toits- car la plupart des Nobles et des gens libres l'ont quitté depuis longtemps pour s'installer à l'extérieur des deux fossés défensifs.
Les Zanadray, descendants du fondateur du Foko (clan, lignée) Andriamasoandro, conservent jalousement jusqu'à aujourd'hui la fierté du nom et respectent encore, plus ou moins, les règles qui font qu'ils sont descendants du roi Ralambo.
Ce dernier était monté sur le trône d'Alasora (sud-est d'Antananarivo), premier berceau de la dynastie merina, et avait régné entre 1575 et 1610 environ. Au bout de quelques années de règne, il avait transféré sa capitale à Ambohidrabiby, au nord-est d'Antananarivo.
Avant de mourir, il avait désigné son second fils Andrianjaka (il avait régné de 1610 à 1630) pour lui succéder au détriment de son fils aîné Andriantompokoindrindra et des enfants nés de ses épouses secondaires. Parmi ceux-ci, Andriamasoandro, fils de sa troisième femme. Les Andriamasoandro sont donc des Zanadralambo, actuelle septième classe des Andriana.
Mécontent et pour éviter les luttes fratricides du pouvoir, Andriamasoandro avait préféré s'exiler avec sa famille, ses proches et ses gens. En outre, à chaque étape une partie des migrants s'étaient implantés définitivement , d'autres avaient poursuivi leur route à la recherche d'une terre fertile, avaient sillonné en long et en large tout le Vakinankaratra actuel.
Les Andriamasoandro et les Mpanjakarivo avaient d'abord colonisé au nord de la rivière Manandona où ils avaient construit plusieurs petits villages, avant de se déplacer plus à l'Est.
Après Andrianony, qui était le premier à monter sur Vontovorona, les Andriamasoandro avaient campé au pied de cette montagne avant de fonder Ambohidranandriana aux alentours de 1750. En 1777 en effet, le voyageur Mayeur qui y était passé, en parlait comme d'un village bien établi.
En tant que capitale d'un roi local, Ambohidranandriana était un site fortifié, entouré de deux fossés dont on retrouve encore les traces. Le premier, proche du village, avait une circonférence d'environ 700-800 m et, par endroits, atteignait 30 m de profondeur. C'était dans ce fossé très profond qu'étaient parqués les boeufs pour les protéger des assaillants puis, plus tard, des Menalamba (mouvement nationaliste).
Une porte étroite en pierre avec un poste de guet au-dessus, permettait à l'est d'entrer dans le village. Il n'en reste plus que les deux montants latéraux car le disque de pierre qui en fermait l'accès et les grandes dalles qui la couvraient, avaient servi à construire la route de Soanirariny sous la colonisation.
A quelques pas de la porte d'entrée, à l'intérieur du village, se trouve la tombe de Ramboavahiny, le devin-sorcier protecteur du village. Jusqu'à maintenant la foi en sa force surnaturelle n'est pas encore atténuée. Ses restes ne peuvent être exposés au soleil, c'est pourquoi ses exhumations se font toujours au petit matin, vers 3-4 heures.
L'autre portail se trouve à l'ouest. Son existence était pratiquement inconnue des étrangers puisqu'il servait surtout d'issue de secours en cas d'attaque et permettait de s'enfuir vers les grandes rizières en aval. Deux pierres levées, restes de celles qui bornaient le village, s'y trouvent encore. On y trouve également, au milieu de la végétation, l'unique pied de "Vavoraka" de la contrée qui sert à se préserver du mauvais sort et des actes de sorcellerie.
Les cases des habitants du village étaient nettement localisées: les Andriamasoandro résidaient au nord et à l'est, les "sarotro" admis à résider dans le village, de l'autre côté.
Ces deux quartiers étaient nettement séparés au centre par plusieurs sites, dont l'un marquait la puissance du Foko Andriamasoandro. Mais aujourd'hui, la plupart des habitants ont émigré hors de l'enceinte, voire plus loin vers d'autres villes.
Au milieu du village se trouve le « Kianja » grande place royal ou seigneuriale. Bordé d'un mur de soutènement en pierres sèches, il servait peu aux discours officiels ou grands "Kabary" . Il avait été aménagé à une dizaine de mètres de profondeur et on y accédait par un escalier de pierre placé au sud-est de la place. Il avait un triple rôle.
C'était d'abord là que se tenaient les Conseils des Sages qui discutaient des affaires de la seigneurie.
C'était également un lieu de loisirs où les villageois venaient apprécier le "tolon'omby", sorte de tauromachie malgache. Le taureau accédait à l'arène par une étroite porte ouverte au sud-ouest du « Kianja ».
Enfin, c'était sur la même place publique que se retrouvaient, dit-on, femme légitime et concubine pour régler leurs comptes. Ce n'était pas un combat de chiffonnières, mais un duel verbal d'où sortait victorieuse celle qui avait la langue bien acérée.
Si dans les années 1950, les Zanadray comptaient élever au milieu de la place une pierre en l'honneur du fondateur du Foko, ils y ont bien installé une stèle, à partir de l'une des pierres levées près du portail ouest, mais commémorant l'Indépendance.
Au fil des ans, le "Kianja" s'est naturellement remblayé et aujourd'hui, sa profondeur n'est plus que d'un mètre environ.


